La formule préférée du professeur, Yoko Ogawa
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L’histoire
Une employée à domicile, maman d’un petit garçon qu’elle élève seule, est chargée de s’occuper du logement d’un monsieur âgé, assez particulier, puisque sa mémoire dure exactement 80 minutes. Elle observe rapidement que ce client spécial, ancien professeur de mathématiques, vit dans un autre monde, celui des nombres. Mais très rapidement, et malgré l’accueil embarrassant qu’il lui réserve chaque matin, en l’interrogeant sur sa pointure, sa date de naissance ou son numéro de téléphone pour en tirer des relations mathématiques complexes, elle s’attache à lui et fait partager son admiration pour cet ancien mathématicien de génie à son petit garçon.
Où les mathématiques sont décidément un objet littéraire attrayant
Après avoir lu le Théorème du Perroquet de Denis Guedj , qui m’avait passionnée, j’avais vainement cherché d’autres romans mettant en scène les nombres d’une façon aussi spectaculaire et attrayante. La formule préférée… m’a donc séduite d’abord par son titre, me fournissant enfin ce que je cherchais.
Puis par sa première page, qui m’a fait réfléchir très longuement (certainement plus que nécessaire) sur les racines carrées. N’ayant jamais réussi à pénétrer les mathématiques ( ce qui n’est pas dû à mes malheureux professeurs mais à une incompatibilité entre mon esprit volage et la rigueur exigée pour résoudre la plus simple des équations) et pourtant fascinée par leur histoire, j’ai été charmée par ce personnage de génie, réduit à une existence misérable, couvert de post-its afin de ne pas oublier l’essentiel. Ce qui est extraordinaire, c’est en effet justement qu’il n’oublie pas l’essentiel, continuant jour après jour à se lever pour résoudre des problèmes mathématiques proposés par des revues spécialisées, et toujours capable d’un amour sans bornes pour l’enfant de son aide-ménagère.
Où la simplicité est le plus souvent un choix de maître
Parmi toutes les qualités de ce petit roman qui n’aurait pas gagné beaucoup à être plus long, il y a la simplicité et l’élégance, qualités qui, apprenons-nous, sont aussi celles d’une bonne démonstration mathématique. Pourtant, on ne sait pas réellement ce que ce livre démontre, si ce n’est la possibilité d’une amitié inenvisageable, ou le pouvoir qu’ont les nombres, capables par leur seule réalité de maintenir en vie un homme qui a tout perdu suite à un banal accident. Mais ces qualités sont le point fort de la narration. Thilliez, dans la mémoire fantôme, traite du même cas de figure, en le confrontant à d’autres circonstances : une amnésie récurrente. Mais alors que Thilliez avait choisi de nous apprendre énormément de choses sur le fonctionnement de la mémoire, en faisant même intervenir un neurologue expert en la matière, de façon à nous convaincre que tout ce qu’il nous racontait était possible, Ogawa fait le pari inverse. Beaucoup de détails sont passés sous silence, et le quotidien de cet amnésique-là n’est pas exploré (se lave-t-il ?quels rapports exacts l’unissent à sa belle-sœur ?) sans que cela ne soit jamais gênant, au contraire. L’économie dirige ce roman, ce qui lui donne des allures de formule mathématique, mais une formule qui serait passionnante, immédiatement déchiffrable, parfois comique, parfois bien triste, et qui condenserait la vie d’un homme entre ses signes.
