Un été sans les hommes, Siri Hustvedt
| Vous avez aimé Un été sans les hommes... | ( 2 Votes ) |
Mais qu’arrive-t-il à Siri Hustvedt ? Panne d’inspiration, succès gagné sur un coup de bluff, que sais-je ? Dur de passer du magnifiquement sombre et bouleversant Tout ce que j’aimais à cet insipide Eté sans les hommes, qui ne raconte rien, et qui, encore plus grave, remercie toutes les dix pages son improbable lecteur de ne pas avoir encore laissé tomber le livre (incroyable mais vrai, l’héroïne s’exclame qu’elle prend dans ses bras le lecteur qui n’a pas encore abandonné le livre, et lui promet de l’action… )Du coup, alors qu’on se disait que l’on manquait peut-être de patience et d’indulgence, on a comme l’impression que l’auteur est entièrement d’accord avec notre ennui indescriptible, et l’on reste, par pure charité…
L’histoire
Il n’y en a pas. Inutile de chercher. La « trame » est la suivante : Mia, femme poète, se remet doucement de la dépression qui l’a atteinte suite à l’infidélité de son mari, en passant quelques jours auprès de sa mère et de ses amies séniles, et en donnant des cours de poésie à des adolescentes. On entrevoit donc un vague projet : unir ces générations de femmes d’âges si différentes, dépasser les préjugés liés à l’âge, au temps, et aux hommes absents. Pour cela, imaginer quelques événements rassembleurs : les brimades subies par une des adolescentes,
les souvenirs des vieilles dames, la mort de l’une d’elles. L’intention est généreuse et pourrait fonctionner. Surtout qu’Hustvedt connaît son sujet : elle a elle-même connu des épisodes dépressifs assez terribles, et l’on se dit donc que cette expérience lui permettra d’éviter les lourdeurs et les clichés. Malheureusement, il n’en est rien.
Les clichés
Avec un effroyable manque d’humour, les femmes qui parcourent ce livre, jeunes ou vieilles, sont décrites au moyen des pires clichés. Les ados sont pimbêches mais attachantes, la voisine est adorable mais sa vie n’est pas facile, les vieilles dames sont fragiles mais pleines de dignité. Cela ne va jamais plus loin que cela. Et il y a pire. Le ton est vieillot et superficiel, le roman est bref mais déjà plein de longueurs, et Mia, l’héroïne, est tout sauf attachante : ses plaintes qui n’en finissent pas, son attitude psychorigide, ses expressions de vieille fille dont elle semble ne pas se rendre compte, mais surtout la façon insupportable dont elle parle d’elle-même (avec un recul qu’Hustvedt semble croire drolatique) m’ont donné envie que tout aille beaucoup plus mal pour elle.
Où il se révèle que parler de ce que l’on connaît le mieux est un exercice périlleux
Hustvedt est une femme. Epouse d’une célébrité, Paul Auster. Elle a une fille. Elle a connu l’internement. Elle est intellectuelle. Exactement comme l’héroïne d’Un été sans les hommes. Pourquoi alors a-t-on l’impression qu’elle ne sait pas de quoi elle parle, tant elle en parle mal ? Le sujet est traité de façon superficielle, bien qu’elle semble y mettre tout son cœur, et c’est sans doute le plus gênant.
Qu’heureusement, Hustvedt sait toujours parler de l’art
Dans Tout ce que j’aimais, roman brillant et puissant, un des plus grands tours de force d’Hustvedt était la description d’œuvres d’art imaginaires, celles que l’artiste du roman était sensé créer. Ces œuvres étaient si vivantes, mystérieuses et intéressantes, qu’on aurait aimé les contempler réellement. C’est aussi ce que parvient à faire Houellebecq dans La carte et le territoire, à savoir imaginer et décrire des créations plastiques, et en rendre compte tout en les interrogeant grâce à la littérature. Cela, heureusement, n’est pas perdu, et Hustvedt parvient à réussir à nouveau cette entreprise, en décrivant des broderies particulièrement subversives, réalisées par une dame âgée. Malheureusement, ce n’est pas le thème central du livre, et ces moments de grâce sont loin de faire oublier l’extrême ennui où nous plonge cet Eté sans les hommes. Comme ils sont loin de nous faire oublier qu’Elégie pour un Américain était lui aussi totalement raté.
