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30
Déc

Purple America, Rick Moody

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Purple America, Rick Moody

Purple AmericaJe pense avoir déjà tenté de lire Purple America, et y avoir renoncé avant la fin du premier chapitre. Car il m’a semblé que je lisais ce chapitre pour la deuxième fois. Il y a tellement de livres que je ne suis pas parvenue à lire en entier, pour de bonnes raisons (livre mal écrit, ennuyeux, inintéressant, ampoulé…) ou de mauvaises raisons (mauvaise concentration, inattention, mauvaise conjoncture…) J’ai aussi réussi à lire des livres en entier alors qu’ils étaient extrêmement mauvais, comme ce fut le cas par exemple pour l’Elégance du Hérisson et la plupart des livres d’Amélie Nothomb. Mais à présent que j’ai réussi, et sans effort, à achever Purple America, je sais que c’est entièrement de ma faute si je ne l’ai pas fini la première fois. Mais c’est vrai que cela commence mal, et que la quatrième de couverture est à la fois très attirante car elle vante Moody, son humour féroce, et repoussante, l’histoire qu’il se propose de raconter n’étant pas bien gaie. On entre donc dans le livre sans en avoir vraiment envie, et il suffit d’un rien pour le reposer avant la dixième page. Mais cela signifie passer à côté de quelque chose de vraiment bien.

 

Ce dont il s'agit

Donc, Purple America est un livre qui s’intéresse à trois personnages, un homme, sa mère mourante, et son beau-père qui quitte lâchement cette dernière. L’action se déroule en une seule nuit, et tourne donc autour de la maladie neurologique dont est atteinte la mère, et la difficulté pour son entourage à assumer ce calvaire. Ce qui explique qu’il me soit tombé des mains. Puisque mon père est mort d’un cancer du cerveau, en perdant donc toutes ses facultés intellectuelles et en démissionnant totalement de son corps, ce qui m’a obligée à me retrouver parfois dans la position très inconfortable d’une aide-soignante et d’une dame pipi. Ce livre évoquant quelquefois (mais beaucoup moins que le début ne le laisse redouter) ce genre d’embarras, j’ai dû m’effrayer hâtivement. Ce ne fut pas le cas à la deuxième tentative, j’ai dû m’endurcir, ce qu im’a permis de découvrir les subterfuges géniaux permettant à Rick Moody de ne pas écrire un livre parlant de la sclérose en plaques et des souffrances qu’elle induit, mais plutôt un livre acerbe sur la famille.

 

Quand un bon auteur sait transformer la souffrance en comédie

Le premier de ces subterfuges, c’est le mode narratif. Moody choisit de donner la parole à ses trois personnages, ce qui permet d’humaniser la mère malade et bredouillante, de la rationaliser, et de pénétrer les pensées qu’elle ne parvient pas à communiquer. Et, ô joie, ces pensées sont parfois drôles, parfois joyeuses, et ne sont pas du tout celles que la lectrice sans imagination que je suis s’attendait à y trouver, du genre « ah j’ai mal », « ah je souffre ». Le deuxième subterfuge est le bredouillement dont est affligé le fils, et toutes ses tares qui, au final, le rendent presque plus à plaindre que sa mère. Enfin, la maison. Moody, en faisant parfois des incursions dans le passé de ses personnages, raconte l’histoire de cette immense demeure, des changements qu’elle a subis, et en fait un personnage à part entière, témoin sur le déclin de ces événements qui l’ont transformé en hôpital.

Purple America est un grand livre, mais il faut être dans de bonnes dispositions pour l’apprécier.